Hot Milk, Deborah Levy
- Fleur B.
- 28 juin 2024
- 2 min de lecture
Publié en 2016, Hot Milk est enfin traduit en français à la faveur de l’engouement que connait Deborah Levy en France depuis la parution de sa formidable trilogie autobiographique. La forme romanesque sied bien à l’autrice et on retrouve avec plaisir son style, son humour et certains de ses thèmes de prédilection : la quête de soi, la filiation, la complexité des relations humaines.
Sofia, jeune femme londonienne de vingt-cinq ans, s’installe le temps d’un été en Andalousie, avec sa mère, Rose. Celle-ci souffre de symptômes fluctuants qui la privent de l’usage de ses jambes et qui laissent pantois le monde médical : « Depuis des années, un nombre croissant de professionnels de la médecine du Royaume-Uni tâtonnent en quête d’un diagnostic, perplexes, perdus, humiliés, résignés. » La clinique fastueuse du docteur Gómez est leur dernier espoir. Mais les méthodes du médecin orthopédique réputé déconcertent Sofia et Rose et des rumeurs de charlatanisme courent.
Libérée pour un temps des soins constants qu’elle porte à sa mère, Sofia laisse vagabonder son esprit et peine à ne penser qu’à elle. Diplômée en anthropologie, elle a dû abandonner sa thèse pour s’occuper de Rose, devenue alors son unique sujet d’étude. Jusqu’à l’écœurement qui l’envahit soudain : « Cette vie ne peut plus durer. Il va falloir que j’actionne mon propre disjoncteur ». L’être hybride mère-fille se disloque et chacune reprend corps et voix. Sofia renoue avec le désir, s’interroge sur son avenir, pense à finir sa thèse, ou encore envisage un voyage en Grèce pour rencontrer son père et sa petite sœur qui vient de naître.
L’autodérision et la franchise de Sofia rendent la lecture particulièrement savoureuse. Le dispositif narratif interroge néanmoins. Les chapitres portés par la voix de la jeune femme alternent avec des paragraphes à la typographie différente, écrits à une mystérieuse première personne. Qui est ce narrateur tapi dans l’ombre qui observe Sofia ? L’étrangeté et la tension qui en naissent ne débouchent cependant sur rien, et le procédé semble vain – il se raréfie d’ailleurs au fil du roman. Cela ne nuit pas pour autant au rythme du récit, impulsé par le découpage en chapitres assez courts, qui caractérise l’autrice, et vivifié par la narration au présent.
Humour, légèreté et sagacité, quel plaisir de lire Deborah Levy !
Hot Milk, Deborah Levy, traduit de l’anglais par Céline Leroy, éditions du sous-sol, 2024, 320 pages.
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